E-administration : l’Etat innove

L’État pousse de plus en plus loin la modernisation de son administration. Au-delà de la dématérialisation, les projets sont nombreux, déjà lancés pour certains, et avec une montée en puissance par étapes. L’objectif est d’atteindre 100 % de services publics dématérialisés d’ici 2022, un calendrier très serré. Pour relever le défi, il fallait que l’administration adapte sa façon de travailler. La direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication (Dinsic) donne le ton et diffuse méthodes et outils. Approche start-up et intrapreunariat sont aussi à l’œuvre. Des applications cartonnent !

Emmanuel Macron s’est fixé un objectif : 100 % des services publics devront être dématérialisés à l’horizon 2022. Un pari audacieux qui ne sera pas facile à tenir. À ce jour, 80 % des démarches administratives sont encore réalisées sur papier ! « Les usagers perdent du temps à remplir et envoyer des formulaires et doivent souvent fournir à l’administration des informations dont elle dispose déjà », reconnaît-on au secrétariat d’État en charge du Numérique ; de leur côté, « les agents perdent du temps à ressaisir les mêmes informations, à corriger les erreurs, et font face aux piles de papier qui s’entassent ». On mesure alors le chemin qu’il reste à parcourir pour parvenir à l’ambition du président de la République.

Pour autant, il existe des raisons d’être optimiste, car le chantier de l’e-administration avance. Du côté de l’État et des collectivités, les réalisations se multiplient dans quasiment tous les domaines (santé, enseignement, emploi…) ; du côté des citoyens, la migration vers le numérique est une réalité. En 2017, deux Français sur trois (67 %) ont déjà réalisé une démarche administrative en ligne (contre 22 % en 2005). Ce taux atteint même les 90 % chez les diplômés du supérieur ou les 25-39 ans. Ces chiffres doivent cependant être analysés avec prudence, car des catégories de citoyens restent en dehors du tout numérique (voir encadré).

Comment économiser 100 millions d’euros ?

Six mois après le lancement du projet « Action publique 2022 » par Édouard Philippe, où en sont « les services publics performants et efficaces » voulus par le Premier ministre ? Un nouveau service en ligne dédié à la dématérialisation des démarches vient d’être mis à disposition des acteurs publics (administrations d’État, collectivités territoriales, établissements publics…). Baptisé Demarches-simplifiees.fr, ce kit de développement rapide de services en ligne permet de dématérialiser les démarches encore gérées sur papier. Il se présente sous la forme d’une application en ligne prête à l’emploi et est connecté à de nombreux services de « l’État plateforme » : France Connect, API Entreprise, API Géo et BAN.

Grâce à ce nouvel outil, 500 nouvelles démarches administratives devraient être accessibles en ligne dès cette année.

Au secrétariat d’État du Numérique, on fait valoir que le kit Demarches-simplifiees.fr va permettre d’amortir considérablement le coût du passage à l’e-administration : « Dématérialiser une démarche peut coûter quelque 100 000 euros. Ainsi, développer 1 000 démarches sans avoir recours à Demarches-simplifiees.fr coûterait à l’État et au contribuable 100 millions d’euros ».

Au mois d’avril 2018, l’outil comptait 288 administrations partenaires : ministère de la Transition écologique, région Île-de-France, préfecture de la région Rhône-Alpes…

« Dites-le-nous une fois ! »

Une autre application, à destination directe des usagers celle-ci, poursuit son déploiement rapide : France Connect. Ce bouton qui apparaît sur de nombreux sites du service public permet de s’identifier une fois pour toutes. « Plus besoin de mémoriser de multiples identifiants et mots de passe » expliquent les auteurs du projet France Connect. Au mois de mars 2018, ce service était utilisé par 3,7 millions de personnes.

Au-delà de ce bouton d’accès unique, France Connect proposera bientôt un tableau de bord des services publics en ligne. Tout citoyen pourra y déposer un avis et évaluer la qualité de service. Ce tableau de bord sera lancé d’ici le 30 juin 2018.

Quant à France Connect Plateforme, il s’agit d’un système d’échange sécurisé de données entre administrations. Objectif : les administrations s’échangeront directement les informations et pièces justificatives (une attestation fiscale par exemple) sans avoir à les redemander aux usagers. À la Dinsic, qui pilote ces projets, on souhaite ainsi promouvoir le principe du « dites-le nous une fois » et faciliter les relations toujours passionnelles entre les Français et leur administration.

Un calendrier très serré d’ici 2022

Malgré ces réalisations et les nombreux projets en cours, l’objectif d’atteindre 100 % de dématérialisation des services publics en 2022 n’est pas tenable. C’est d’ailleurs ce que sous-entend le programme Action publique 2 022 qui préfère évoquer un objectif plus raisonnable : « Tendre vers 100 % de démarches administratives numérisées à l’horizon 2022 ». La nuance est importante. Le calendrier est en effet très serré et les administrations devront résoudre un problème délicat : que faire des milliers d’applications métier qui se sont accumulées depuis une trentaine d’années ?

Dans un courrier envoyé aux membres du gouvernement, Edouard Philippe a demandé à chaque ministre de présenter « un plan de transformation ministériel pour arbitrage ». Ces plans seront communiqués en conseil des ministres dans les semaines qui viennent.

Pour approfondir, venez assister à Technolex 2018
Atelier n° 6, le mercredi 28 novembre 2018 matin.

Par Bruno Texier, Journaliste Archimag

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